Grâce à l’intervention de Yoann Harvent, gestionnaire de relations au sein de l’association belge, Infirmiers de rue, le 3 juillet dernier j’ai eu le privilège de rencontrer Émilie Meessen. En 2005, cette jeune infirmière et son amie Sara Janssens créent l’ASBL pour mettre fin au sans-abrisme.
L’association est active avec des équipes en rue, en logement pour les personnes relogées et une équipe de recherche et de création de logements.
De jour comme de nuit, les produits de soins rangés dans leur sac à dos, les équipes d’infirmiers·ères et travailleurs·euses sociaux sillonnent les quartiers de la capitale. Ils partent à la rencontre de ces femmes et de ces hommes sans-abri. Isolés, ils se figent dans leur quotidien sans horizon sans trop se soucier du ballet incessant de ces gens qui se bousculent sur les trottoirs vers des rendez-vous à ne pas manquer, oubliant qu’ils ont le grand privilège d’avoir une adresse.
Blottis dans le coin des immeubles, installés entre de vieux cartons, enfouis sous des couvertures ou accrochés à leur caddy comme au bastingage de leurs renoncements, ils bavardent avec leur silence. Ces démunis n’attendent plus rien ni personne mais surveillent les trésors de leur passé rassemblés dans quelques sacs plastiques.
Doucement habitués aux deux sourires d’une équipe en maraude ils se laissent aborder, soigner. La confiance est longue à construire. Leurs cœurs pleurent encore tant de trahisons.
Ces jeunes agenouillés à leur coté prennent soin de leur corps meurtri mais aussi de leur dignité d’être humain. L’âme préoccupée par l’essentiel, ces duos de soignants, dont le nombre est toujours insuffisant, prennent le temps de rencontrer ces exilés de nos sociétés, d’écouter le récit de leurs tristesses, de leurs colères, de leurs peurs et de leurs déboires qui les ont fait chavirer dans l’enfer de la rue. A chacune de leurs interventions ils semblent répéter ces mots de mon père : Non, Jef t’es pas tout seul !
Les intentions de leurs gestes, de leur patience de leurs paroles adressées à ces naufragés de la vie, construisent parfois un contact, un lien, une habitude qui se transformera peut-être en une confiance, laissant voir une possibilité de soulever leur 100 kg de désespoir, de sortir de la rue, d’accepter un projet.
Les échanges sans filtre et informels partagés avec Émilie et Yoann en ce matin de juillet m'ont rappelé les débuts difficiles de Jacques à Paris quand, les poches vides et sans travail, il se demandait certains soirs où il allait passer la nuit.
France
[1] Jef