Retrouvez Jacques Brel durant deux heures pour évoquer le pilote des Marquises, l’artiste qui étrangement réorganise la gestion de ses droits d’auteur puis accepte de revenir à Paris pour y enregistrer un dernier disque.
Sur son île du bout du monde Jacques a vendu son bateau.
Sans tarder, il repasse sa qualification de pilote, achète un avion baptisé Jojo. Quel bonheur de pouvoir à nouveau prononcer le prénom de l’ami ! Emporté par la maladie en septembre 1974, Jojo a laissé mon père, cœur en croix bouche ouverte[1], orphelin jusqu’aux lèvres[2].
La joie du quotidien de Jacques est de voler au-dessus des nuages. Aux commandes de son avion, il relie régulièrement Papeete et Hiva Oa, survolant la longue houle du Pacifique sur ces itinéraires peu balisés.
Au printemps 1977, ayant accepté l’idée d’enregistrer un nouveau disque, Jacques gratte sa mémoire à deux mains[3], ressort sa guitare, s’installe au clavier de son piano électrique, ouvre ses cahiers et y dépose les mots, les phrases qui viennent danser autour de lui.
Les souvenirs tirés du sac à dos de son passé témoignent de leur présence dans ses silences. Encore et toujours il est question de ses étonnements restés sans réponse. Il nous parle de la guerre, de ces hommes courageux assassinés. Il chante ses amis, leurs larmes et leur absence. L’auteur repense à ses amours, à leur cortège d’ennui, à leurs éclats de rires, à certaines blessures jamais oubliées. L’homme malade courbe le dos devant l’inexorable verbe vieillir, toujours combattu et découvre son visage au fond d’une tisane[4].
Le poète du Plat Pays enfin reprend sa palette, peint la pluie traversière[5] et l’Alizé qui se brise[6] sur les rochers de cette contrée adoptée.
France