Extrait du tome II
Les filles dans leurs frissons ✍ Les Bergers
Le
19 février 1948 par 183 voix contre 3, la gent féminine belge
est informée qu’elle pourra enfin s’exprimer le 26 juin 1949.
Les jeunes filles, membre de la Franche Cordée, comme tant
d’autres durant la guerre, furent témoins des travaux lourds assumés dans les
champs ou dans les usines par les mères, les épouses et les sœurs aînées lors
de l’absence des hommes. Aujourd’hui très concernées par la reconstruction de
leur pays elles sont sensibles à l’obtention de ce droit de vote.
Du haut de leurs vingt ans, bras dessus bras dessous, joyeuses
à l’idée de partager leurs rêves et leurs frissons ✍ elles prennent l’habitude d’offrir leurs rires comme des jets d’eau ✍ au fil de leurs promenades dans les rues où enfin elles ne
croisent plus d’uniformes allemands.
Miche
Pendant 4 ans, nous n’avions qu’un seul désir : que les
Allemands s’en aillent, qu’on retrouve une paix, qu’on puisse terminer nos
études et rentrer dans une vie normale. Nous rêvions de rencontrer un brave
jeune homme, gentil, d’être amoureuses, de fonder une famille, comme nos
parents l’avaient fait.[1]
Toujours heureux de pouvoir bavarder avec l’un ou l’autre,
Jacky n’hésite jamais à engager des conversations. Tout naturellement Miche
répond à ses questions. La jeune fille lui explique qu’elle porte ce surnom
depuis que son père, qui a la manie des surnoms, le lui a attribué peu après
ses trois ans, précisant que sur les registres de l’état civil elle se prénomme
Thérèse.
Troisième des quatre enfants du couple Michielsen, Miche
raconte encore qu’elle est née dix-huit mois après le décès de Monique, sa sœur
aînée décédée à l’âge de six mois d’une pneumonie. Dès sa naissance la petite
Thérèse reçoit mille attentions de la part de ses parents profondément attristés
par le deuil récent. Elle a l’impression d’être venue consoler le couple
désemparé.
Miche
J’étais surprotégée par mon père[2].
Meurtrie par le décès de la petite Monique, Firmine décide de
mettre sa seconde fille sous la protection de sainte Thérèse de Lisieux et lui
donne le prénom de la sainte.
Miche explique que son père Franck, de son véritable prénom
François, est originaire d’Anvers et que sa mère, Firmine, vient de Biesme,
petit village situé dans l’Entre-Sambre-et-Meuse. Les jeunes gens se sont
rencontrés en 1918 à Châtelet, près de Charleroi, ville où se retrouve Franck à
la fin de la Grande Guerre où il avait combattu comme volontaire. 📗
📗 Jacky, p. 136
Miche décrit son père comme un homme chaleureux, jovial, sympathique,
dynamique, pouvant devenir colérique et autoritaire. Le représentant de
commerce ne manque pas de bagout. Homme passionné et entreprenant, il n’aime
guère la routine. Très débrouillard, forte personnalité, il a l’habitude de
décider de tout, pour lui certes mais aussi pour sa famille. Il aime jouer aux
cartes… mais accepte difficilement de perdre, s’emportant alors dans de
fréquentes colères.
Au début de la Première Guerre mondiale, en 1914, engagé
volontaire, Franck devient officier interprète pour les armées belge et
anglaise. 📗
📗 Jacky, p. 136
Miche
Mon père était un aventurier qui s’était engagé à la Guerre de
14 alors qu’il n’avait que dix-sept ans. Il avait pas mal bourlingué. Il avait
un caractère assez trempé[3].
Franck Michielsen, père de Miche